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Lieux de tournage

5 Disney qui se déroulent à Londres

Marie 13 min de lecture
Scène du dessin animé Disney Basil détective privé, un homme et une souris devant une porte du Londres victorien

Londres est sans doute la ville la plus « disneyenne » du monde sans même être américaine : ses parcs royaux, ses cabs noirs, sa brume sur la Tamise et la silhouette de Big Ben ont inspiré certains des plus beaux classiques des studios Disney. De la nursery des enfants Darling aux toits où dansent les ramoneurs, Londres revient comme un décor de rêve, à la fois familier et magique. Si vous êtes fan de Disney et que vous visitez Londres en famille, la ville se transforme vite en immense terrain de jeu cinématographique.

Le plus surprenant ? La plupart de ces films n’ont jamais été tournés à Londres : Burbank, en Californie, a souvent reconstitué la capitale britannique en studio. Mais les lieux réels existent bel et bien, et beaucoup se visitent. Statue secrète déposée une nuit de 1912, hôpital qui touche encore des royalties sur Peter Pan, terrasses roses de Primrose Hill, marches de Saint-Paul… voici un voyage en cinq escales.

Nous avons retenu cinq longs-métrages qui font de Londres leur décor : Peter Pan, Les 101 Dalmatiens, Basile Détective Privé, Mary Poppins et Pocahontas. Pour chacun, on vous raconte la scène londonienne, le vrai lieu derrière l’écran et comment aller le voir.

1. Peter Pan, l’enfant qui ne voulait pas grandir

Dans le Peter Pan de Disney (1953), tout commence dans une nursery de Bloomsbury, ce quartier d’élégantes maisons géorgiennes autour de Russell Square. C’est de là que Wendy, Jean et Michel s’envolent par la fenêtre, survolent un Londres au clair de lune et viennent se poser sur les aiguilles de Big Ben avant de filer vers la « deuxième étoile à droite, tout droit jusqu’au matin ». Avant le grand départ, M. Darling, agacé, lance même un sarcastique « Sonnez l’alarme ! Appelez Scotland Yard ! » — un clin d’œil à la police londonienne dont le quartier général d’alors, le Norman Shaw Building, se dresse toujours sur le Victoria Embankment, au bord de la Tamise.

Le cœur du pèlerinage Peter Pan se trouve pourtant dans un parc : la célèbre statue de bronze de Peter, dressée dans les Kensington Gardens, sur la rive ouest du Long Water. Attention à une confusion fréquente : elle n’est pas à Hyde Park. Le Long Water appartient entièrement à Kensington Gardens, la frontière entre les deux parcs passant plus au sud, au Serpentine Bridge. La statue marque l’endroit où, dans The Little White Bird de J.M. Barrie (1902), Peter se pose après s’être envolé de sa chambre — bien avant le film Disney.

L’anecdote est délicieuse : la statue fut érigée dans la nuit du 30 avril 1912, sans autorisation, pour faire croire aux enfants que les fées l’avaient déposée pendant leur sommeil. Le lendemain, le Times annonçait « une surprise pour les enfants ». Barrie, qui la finança lui-même et la commanda au sculpteur Sir George Frampton, fut un peu déçu qu’elle « ne montre pas le diable qui sommeille en Peter ». Au pied du tronc, cherchez le petit lapin de bronze, poli et brillant à force d’être caressé par des générations d’enfants : on l’a surnommé « l’animal le plus aimé de Londres ».

Pour la visite, le plus simple est de rejoindre la station Lancaster Gate (Central line), d’entrer dans Kensington Gardens et de descendre vers l’eau côté ouest : la statue est près de la petite baie sud-ouest du Long Water. L’accès est libre et gratuit, le parc ouvert de 6 h jusqu’au crépuscule. Tout près, le Diana Memorial Playground joue justement la carte Peter Pan. Et pour boucler la légende, poussez jusqu’à Bloomsbury : au Great Ormond Street Hospital for Children (Great Ormond Street, WC1N 3JH), J.M. Barrie fit don en 1929 de tous ses droits sur Peter Pan. Une loi spéciale votée en 1988 par la Chambre des Lords garantit même à l’hôpital un droit perpétuel aux royalties britanniques de l’œuvre : un copyright qui, lui, ne grandira jamais.

2. Les 101 Dalmatiens, une romance à Regent’s Park

Disney signe Les 101 Dalmatiens en 1961, d’après le roman de Dodie Smith (1956), et l’histoire tourne autour d’un parc bien réel : Regent’s Park. C’est là que Pongo, ennuyé de son célibat, repère la jolie Anita et sa chienne Perdita, traîne son maître Roger jusqu’au parc et orchestre une rencontre qui finit, maîtres comme chiens, dans le bassin. Dans le roman, la famille (les Dearly) se voit même prêter « une maison sur l’Outer Circle », la grande boucle qui ceinture le parc.

L’anecdote qui a tout déclenché vaut le détour : Dodie Smith vivait au 19 Dorset Square, à Marylebone, et possédait neuf dalmatiens, dont le premier s’appelait Pongo. C’est une amie, l’actrice Joyce Kennedy, qui lança un jour à propos du chien qu’« il ferait un beau manteau de fourrure » — la petite phrase qui inspira la terrible Cruella d’Enfer. Smith promenait sa meute autour de Regent’s Park mais aussi sur Primrose Hill, juste au nord.

Et c’est précisément du sommet de Primrose Hill (66 m, vue panoramique protégée sur Londres) que part le fameux « Twilight Bark », l’Aboiement du Crépuscule, ce relais d’aboiements qui transmet de chien en chien, jusqu’à Hampstead puis la campagne, l’appel au secours des chiots enlevés. En redescendant côté sud-est, faites un crochet par Albert Terrace : ses maisons victoriennes en stuc rose à portique sont citées comme l’inspiration du foyer des Dearly. Les amateurs de belles façades grimperont aussi voir Cumberland Terrace, sur l’Outer Circle (NW1 4HU) : ces terrasses néoclassiques signées John Nash, avec leur longue colonnade ionique et leur grand fronton sculpté, incarnent à merveille ce Londres élégant. Wallis Simpson y a vécu, et l’écrivaine Daphné du Maurier y est née.

Notre conseil : faites la balade « façon Dalmatiens ». Montez à Primrose Hill (métro Chalk Farm ou Camden Town, accès libre 24 h/24), suivez ensuite le halage du Regent’s Canal — autre héritage du plan de Nash, creusé entre 1812 et 1820 — jusqu’à Camden Lock et ses entrepôts victoriens en brique. Comptez 30 à 40 minutes de marche, et préférez la semaine : le marché de Camden est noir de monde le week-end.

3. Basile Détective Privé, le Sherlock des souris

Basile Détective Privé (The Great Mouse Detective, 1986) transpose l’univers de Sherlock Holmes chez les souris : Basile, fine moustache et loupe, vit sous l’appartement du détective au 221B Baker Street, dans le Londres victorien de 1897. Son fidèle docteur Dawson tient le rôle de Watson, et le chien Toby n’est autre que le basset de Holmes lui-même. Joli détail de cinéphile : la voix de Holmes à l’écran provient d’un vrai enregistrement de l’acteur Basil Rathbone, interprète mythique du détective, à qui le prénom « Basil » rend hommage.

Le climax du film est un régal pour les amoureux de Londres : après une course-poursuite, le dirigeable du machiavélique Ratigan s’écrase à travers le cadran de Big Ben, et le combat final se joue au milieu des engrenages de l’horloge. Quand celle-ci sonne dix heures, les vibrations font lâcher prise au rat. Cette séquence est restée célèbre : l’intérieur de Big Ben fut l’une des premières utilisations marquantes des images de synthèse dans un long-métrage Disney, ouvrant la voie aux décors numériques de La Belle et la Bête.

Pour retrouver Basile, direction le Sherlock Holmes Museum, à l’enseigne « 221B Baker Street » (adresse physique : 237-241 Baker Street, NW1 6XE), à 200 m au nord de la station Baker Street. L’ironie est savoureuse : Conan Doyle avait inventé cette adresse en 1887, alors que la numérotation de la rue ne montait pas si haut. Ce n’est qu’après la réorganisation de Baker Street dans les années 1930 que le n°221 a réellement existé, et le musée n’a obtenu l’autorisation d’afficher « 221B » qu’en 1990. Une adresse jadis fictive, pour un personnage fictif : Basile aurait adoré. Arrivez tôt (ouverture vers 9 h 30) : la file s’allonge vite et l’intérieur victorien reconstitué est exigu. Pour la scène finale, placez-vous au pied de l’Elizabeth Tower, à l’angle nord-est du Palais de Westminster (SW1A 0AA, métro Westminster), et restez jusqu’à une heure pleine pour entendre sonner le vrai carillon.

4. Mary Poppins, le Londres enchanté des cheminées

Mary Poppins (1964) est peut-être le plus londonien des films Disney… alors qu’aucun plan n’a été tourné à Londres ! Tout, du parc à la cathédrale en passant par les toits, a été reconstitué sur les plateaux de Burbank, en Californie. La rue de la famille Banks, le fameux « Cherry Tree Lane », n’existe pas non plus : son décor, aux maisons géorgiennes et aux boîtes aux lettres rondes, s’inspire des rues huppées de Kensington & Chelsea, comme Kensington Square ou Stanhope Gardens.

Deux lieux réels ancrent pourtant le film dans la ville. D’abord la cathédrale Saint-Paul (EC4M 8AD, métro St. Paul’s) : ses marches ouest accueillent la déchirante chanson « Feed the Birds », où une vieille femme vend des sacs de miettes « tuppence a bag » pour nourrir les pigeons. C’était, dit-on, la chanson préférée de Walt Disney lui-même, qu’il faisait jouer le vendredi après-midi dans son bureau en murmurant « That’s what it’s all about ». Ironie de l’histoire : on décourage aujourd’hui de nourrir les pigeons sur place, leurs fientes acides abîmant la pierre de Portland. Du même édifice partent les toits où Bert et sa troupe de ramoneurs dansent « Step in Time » — et n’oubliez pas la superstition bien anglaise : croiser un ramoneur porte chance, on en invite encore aux mariages.

L’autre adresse à voir n’est pas un décor mais la source du mythe : le 50 Smith Street, à Chelsea (SW3 4EP, métro Sloane Square). L’autrice P.L. Travers y a vécu de 1946 à 1962, et une plaque bleue English Heritage y a été posée en 2018. C’est ici qu’elle finit par céder les droits à Disney, après une vingtaine d’années de résistance. Elle apporta même une photo de sa propre maison à la production « pour qu’ils voient que la maison des Banks ressemblait beaucoup à la sienne, avec juste un peu plus de jardin ». La maison est privée : on l’admire depuis le trottoir, avant de flâner sur King’s Road toute proche. Pour l’ambiance des cerisiers en fleurs de « Cherry Tree Lane », visitez de fin mars à mi-avril.

5. Pocahontas, une princesse à la cour d’Angleterre

On l’oublie souvent, mais Pocahontas (1995) et sa suite Un monde nouveau (1998) ont aussi leur chapitre londonien — fondé sur des faits réels. La chanson d’ouverture du film célèbre la « Virginia Company », cette vraie compagnie qui finança la colonie de Jamestown et le voyage de Pocahontas en Angleterre en 1616. Son quartier général se trouvait dans la maison de Sir Thomas Smythe, sur Philpot Lane, dans la City. Rien n’en subsiste après le Grand Incendie de 1666, mais profitez du passage pour repérer, au n°23, deux minuscules souris sculptées grignotant un fromage : la plus petite sculpture publique de Londres.

Dans la suite, Pocahontas est présentée au roi Jacques Ier lors d’un grand bal de cour. Le vrai événement, en janvier 1617, eut lieu au Banqueting House de Whitehall (SW1A 2ER, métro Westminster), où elle assista en invitée d’honneur à un masque de Ben Jonson. Précision pour les puristes : le bâtiment que l’on visite aujourd’hui, chef-d’œuvre d’Inigo Jones au plafond peint par Rubens, fut construit après l’incendie de 1619 — la salle exacte où elle s’assit a disparu, mais le lieu reste chargé d’histoire (c’est aussi là que Charles Ier fut décapité en 1649).

Le film imagine ensuite Pocahontas emprisonnée à la Tour de Londres (EC3N 4AB, métro Tower Hill) : pure invention scénaristique. Dans la réalité, elle s’y rendit en simple visite pour rencontrer Henry Percy, le « comte sorcier » alors détenu. Quant aux véritables retrouvailles avec John Smith, qu’elle croyait mort, elles eurent lieu à Brentford, à l’ouest de Londres, où une plaque commémorative a été dévoilée en 2017. Pocahontas s’éteignit la même année à Gravesend, dans le Kent (à une trentaine de kilomètres à l’est de Londres) : une statue de bronze se dresse depuis 1958 dans le cimetière de St George’s Church, et Disney y organisa même une projection spéciale du film en 1995.

Comment visiter le Londres de Disney ?

On peut relier la plupart de ces lieux en une à deux journées de balade. Commencez par l’ouest, à Kensington Gardens, pour la statue de Peter Pan, puis remontez vers Regent’s Park et son Outer Circle (les terrasses de Nash des 101 Dalmatiens), avant de grimper à Primrose Hill pour la vue panoramique du « Twilight Bark ». De là, Baker Street et le Sherlock Holmes Museum de Basile sont à deux pas. Réservez une seconde demi-journée pour l’est et le centre : la cathédrale Saint-Paul de Mary Poppins, puis Westminster, Big Ben et la Tamise, où se croisent Peter Pan et Basile. Les fans de grand spectacle londonien à l’écran prolongeront le jeu avec les lieux de tournage du final de No Time To Die, justement à Londres.

Pour profiter de ce circuit sans courir, mieux vaut bien choisir son point de chute : nos suggestions pour où dormir à Londres vous aideront à viser un quartier central et bien desservi par le métro. Et si vous venez en hiver, la magie opère doublement : un séjour pour le Nouvel An à Londres permet de retrouver Big Ben illuminé, exactement comme dans le survol nocturne de Peter Pan. Un dernier conseil : la plupart des parcs et façades se visitent gratuitement, alors gardez votre budget pour le Sherlock Holmes Museum, la Tour de Londres ou une montée au dôme de Saint-Paul, et laissez les enfants chercher le lapin de bronze le plus aimé de Londres.


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